CULTURE - THEORIE - 2005

CULTURE - THEORIE - CULTURE MAYONNAISE - 2005-11-25

L'HOMME AU KIOSQUE DIT :
C'est toujours la même chose
Pourquoi publie-t'on des revues d'art ?
Pour avoir raison.
Pour que les autres disent : vous avez vu
ils ont eu raison.
Tous veulent avoir raison.
C'est pas du nouveau

LE DIRECTEUR DE L'ECOLE D'ART DIT :
La culture on s'inscrit, on paye,
et les spécialistes viennent vous expliquer
comment comprendre l'art contemporain.
On peut choisir : l'abstraction, l'art et le langage,
l'art est mort, vive l'art !

L'ARTISTE LUCIDE RIT ET DIT :
Un jour on constatera que les artistes dits
d'art contemporain furent pour 90% d'entre eux,
des mous, des corrompus, des cireurs de bottes,
n'étant là que pour servir le pouvoir impérialiste
et jouer les "bénis oui oui"

L'EPICIER DU COIN DIT :
Il y a de plus en plus de Conservateurs nécrophages
qui vivent sur la gloire d'artistes morts.
Ils préfèrent les morts aux vivants et
bien sûr détestent leurs ayants droits.
Leurs expos sont les éternelles variations
autour des Picasso, Matisse, Léger etc où soi-disant
on découvre une variation nouvelle.

L'EXPLORATEUR DIT
Qui payera pour le Musée Esquimau et pour le Musée Dogon ?
J'ai peur de voir cela transformé en une énorme
entreprise de paternalisme. Les peuples continuant
de mourir à Paris on préservera leurs cultures
dans des vitrines Wilmouth.

L'ARTISTE BLASÉ DIT :
Parfois l'avant-garde fait exprès d'être nulle.
C'est de l'avant garde nulle.
Mais il faut, comme Jacques Lizène, le faire exprès.

LE DIRECTEUR DE REVUE DIT
Ce qui me fait suer c'est la mode des "remake".
On ne copie pas on remake.
On copie les artistes des années 63-67 en propre.

L'ARCHOLOGUE FLUXMAN DIT
Fluxus reste ce qu'il y a de plus nouveau
sur la scène CULTURELLE
Le reste c'est de l'erzatz comme diraient les Lettristes.

LE DOCTEUR PSYCHIATRE DIT :
La consommation culturelle est devenue folle,
on signe et vend l'eau,
on signe et vend l'air,
on signe et vend tout.

L'EMPLOYÉ DE BANQUE DIT :
Pourquoi se raconter des histoires ?
les artistes, pour gagner leur vie font le métier "d'artiste".
Ce sont pas des saints ni des martyrs
Ils veulent créer ils veulent la gloire mais
Ils doivent être rémunérés et donc l'argent compte pour eux.

LE GALERISTE EN FAILLITE DIT :
La culture est devenue synonyme de corvée, d'angoisse,
de stress, de jalousie, de dépression, d'argent,
de placement, de connaissance, de supériorité et pas
de bien-être et pourtant, au départ on nous avait parlé
de culture apportant du bien-être.

LA COUTURIERE DIT :
La culture est devenue un espace de bourrage de crânes,
elle remplace, pour la petite bourgeoisie,
le temps du tricot et des œuvres de charité.
Ca leur donne encore plus de complexe
de supériorité. Décidément Mao avait raison,
il faut les envoyer tous aux champs.
On devrait obliger les artistes, les collectionneurs,
les galeristes à faire des ménages une fois par semaine
dans les foyers de vie.

LE PRESIDENT DE LA TELE DIT
Le danger dans l'art contemporain aujourd'hui est une
forme d'autosatisfaction de l'art contemporain par lui-même
en se foutant complètement du public. Je crois que
l'autosatisfaction doit venir quand le public vous dit : vous
êtes mauvais ou vous êtes bon.

LE PRODUCTEUR DE HOLYWOOD DIT
Les grands artistes apparaissent quand le marché, le
pouvoir et les marchands ont besoin d'un grand artiste
de plus pour leur catalogue de produits disponibles.

L'ANTI DEMAGOGUE DIT :
Je vois poindre à l'horizon une nouvelle série d'artistes
martyrs. Il suffira que dans une municipalité un local soit
refusé à l'art contemporain pour
qu'ils se mettent à crier fasciste.

LE PENSEUR LIBRE DIT :
Rupture est un mot clef
on veut tous être des ruptures
ne pas jouer le jeu,
ne pas faire comme les autres.
C'est en cela qu'on est comme les autres
Donc pas des ruptures
Il suffit de feuilleter cent catalogues d'avant garde
pour voir que c'est toujours la même chose :
des variations sur le tout possible de Duchamp,
de Kandinsky et de l'argent.

LE SOSIE D'ALAIN GERARD SLAMA DIT
il faut à tout prix éradiquer la culture identitariste
celle qui prétend avoir des racines.

LE VOLEUR D'IDÉES DIT :
Non, je vous le dis il n'y a pas de différence entre les peintres de la Jeune Peinture Méditerranéenne,
ceux du Festival des Arts Plastiques, les cracs du Pop Art,
ou nos classiques contemporains Mathieu,
Matisse, Poliakoff, Picasso, etc.
Tout le monde fait la même chose.
Tout le monde accroche et décroche.
Tout le monde tourne autour de sa toile.
Tout le monde dit "Vous avez vu c'est moi qui ai fait cela »
Donc tous se ressemblent.
Il n'y a pas de différence entre Venet ou Balestra,
Arman ou Verdet. Le peintre de dimanche Ou moi

CULTURE - THEORIE - LA REUNION SECRETE - 2005-11-24


Allez c'est vrai
je voulais abandonner
Mais ce n'est pas facile
de laisser tomber quand on est accro
Pas une municipalité sans son délégué à la « culture »
Chirac parle de « pluri culturalité »
Et moi je suis atteint d'avant gardisme « culturel »
Alors une amie me conseille discrètement
d'aller à la réunion
Quelle réunion ?
La réunion secrète
Tu verras, ils t'aideront à laisser tomber
Pour rentrer le mot de passe
« Culture culture quand tu nous tiens »
J'ai même eu le droit d'amener
Un micro pour enregistrer
Voici ce que j'ai entendu

LE JOURNALISTE DE DROITE DIT :
L'anti-avant-gardisme qui arrive
nous pend au nez
mais la faute en incombe à une avant-garde trop
prétentieuse pour vouloir s'expliquer.

L'HOMME DE WALL STREET DIT :
J'ai un client mais il trouve que c'est trop cher
il veut que tu baisses le prix de 20 %

LE PHILOSOPHE DIT :
Les artistes pètent et hument leur pet.

L'ARTISTE A DIT AUX ARTISTES :
Si vous voulez faire des affaires faites-vous voler.
Pourquoi ? parce que les voleurs ne volent que ceux
qu'ils peuvent revendre si donc ils vous volent
c'est qu'ils peuvent vous revendre ce qui est bon signe.

LE REVOLUTIONNAIRE MEXICAIN DIT :
L'art contemporain je l'aime de moins en moins.
Il n'a presque plus rien à voir avec la vérité.
Il concerne la décoration et les astuces pour petite
et grande bourgeoisie. Les Chiapas, les Kurdes
ne peuvent pas s'en servir.

LE LOUEUR DE STAND A LA FOIRE DIT :
En vérité l'art contemporain cela redémarre.
Les collectionneurs n'ont plus mauvaise conscience.
Ils sont cyniques.
Ils n'achètent pas parce que c'est nouveau ou beau
ou vrai mais parce qu'après le sucre, le cuivre, le pétrole,
l'art qui avait trop baissé doit nécessairement remonter.
Christies débarque en France.
Partout il se dit que c'est plus sérieux que
que nos rigolos de commissaires priseurs de service.
Le marché reprend. Les margoulins reviennent à la charge c'est bon signe :
quand les voleurs achètent c'est qu'il y a du fric à se faire.

L'ETHNOLOGUE DIT :
Plus je gratte la culture plus je découvre que
c'est la garniture de l'impérialisme
une fioritura, une couche de crème pour couvrir l'ethnocentrisme.

LE PSYCHANALYSTE JALOUX DIT :
Ce qui m'emmerde, chez certains avant-gardistes, c'est qu'ils prennent une petite idée telle que : se foutre le doigt dans le cul et décrètent que c'est fondamental.

L'ARTISTE QUI NE SAIT PAS SUR QUEL PIED DANSER DIT :
C'est la pagaille la foire d'empoigne
il y a, comme d'habitude, ceux qui sont contents et ceux qui râlent
je suis parmi ceux qui s'en foutent à moitié et qui rient à moitié.

LE FONCTIONNAIRE A L'AFFAA DIT :
Sous les apparences de la liberté,
les bourgeois se sont-ils fabriqué un art dans lequel l'avant garde soutient l'universalisme confortable
du possédant dans lequel le pouvoir dominant décide et l'artiste obéit ?

SON CONFRERE DIT :
J'aime bien le gouvernement Australien qui impose un quota aborigène pour tout art Australien exposé à l'extérieur.

LE MINISTRE DE LA CULTURE DIT :
Avant-garde coupable ?
C'est un peu comme si l'avant garde était entrée dans un confessionnal, qu'elle voulait faire son auto-critique
mais ne savait pas comment s'y prendre.
Partout dans toutes les revues sans exception,
qu'elles soient militantes de gauche ou de droite,
on parle de l'avant-garde comme s'il s'agissait d'une personne alitée.
Chacun se met à tout moment à son chevet avec
sa loupe et ses analyses
même et surtout moi, depuis longtemps. J'ai néanmoins une image qui me revient : celle d'une ville qui fête 12 vernissages d'expositions où tout le gratin est là en robes de soirée et verres de champagne à la main pendant que dehors, trois cent milles personnes de cultures et de langues, amérindiennes et noires Mmanifestent .
Cette ville c'est Rio et cela existe aussi.

LE PETIT GANGSTER DIT :
Il y a le crime organisé,
il y a aussi l'art organisé,
l'art surveillé,
l'art qui doit penser qu'il lui faut penser que…

LE COLLECTIONNEUR MAFIEUX :
Les réseaux d'art
existent mais
les réseaux sont snobs.
Les réseaux sont des artistes dans un ghetto.
Dans un réseau on aime un tel et pas tel autre
Le réseau remplace la forme.
Etre d'un réseau c'est créer de l'importance
Le regardeur fait le tableau de Duchamp
devient
le réseau fait l'art.

LE BASQUE DIT :
Guernica devrait aller à Bilbao.

L'ENCADREUR DE TABEAUX DIT :
Le marché de l'art reprend certains collectionneurs achètent parce que la fin approche. Ce sont des cyniques. D'autres achètent parce qu'ils s'en foutent.
D'autres encore achètent parce que ce sont des escrocs qui veulent être respectés.


LE CONSEILLER MUNICIPAL A LA CULTURE DIT :
La culture c'est
toujours plus
plus de gloire
plus de pouvoir
plus d'argent
plus de mensonge
d'ailleurs nous allons décider à la place des artistes
de ce qu'ils doivent faire
ou ne pas faire.

IL ETAIT TARD
JE DECIDAIS DONC DE PARTIR
JE REVIENDRAIS DEMAIN
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Merci et bonne nuit
Demain BEN PREND LA PAROLE